Vieilles Charrues X Achève ton Singe, à chaud [UEE#4]

Cette série d’articles « À CHAUD » est écrite directement à la sortie des festivals. On va surtout causer des prestations des groupes et les articles de fond arriveront pour l’hiver 2017. Pour cette édition, je suis accompagné de ma dessinatrice, Rozenn Bothuon, qui croque les festivals sur place. Ni la pluie, ni le vent, ni les pogos ne l’arrêtent.


Contre toute attente, nous nous sommes rendus aux Vieilles Charrues les jeudi et vendredi. On a dû partir dans la journée du samedi, mais pas de panique, on a rattrapé la soirée Achève ton Singe en rentrant sur Brest.

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Michel Polnareff sur la scène Glenmor

Pour commencer : un comparatif de ringards vu de loin. Première remarque le son des scènes n’était clairement pas assez puissant. Certes on n’était pas tout près, mais quand il faut tendre l’oreille pour espérer comprendre la musique, c’est assez tendu. Les Insus étaient ennuyants, et pourtant ils ont quasiment que des morceaux connus. On sent bien que c’est le vestige d’une époque où il n’y avait rien d’autre à se mettre sous la dent en rock français, et qu’ils ont pu profiter de ça pour se faire une place. Et maintenant ils peuvent profiter de la nostalgie des anciens jeunes ; la chance pour eux, la tuile pour nous (et franchement, avec du recul, Téléphone c’était grave moisi). De son côté, Michel Polnareff a fait – selon les dires de la presse – « que des tubes », mais comme je n’en connais aucun ça ne m’a pas trop marqué. Le seul souvenir que j’ai du concert c’est le duel de guitar hero qui a eu lieu sous fond de « Smoke on the water ». Je n’aurais pas du tout parié que ce serait à un concert de Polnareff que je verrai ça, et c’était tout autant décalé que craqué que plutôt marrant voir. Mauvais et ringard, mais surprenant, c’est déjà ça ; on ne s’est pas ennuyé. D’autant qu’après le duel, Polnareff a joué une chanson complètement abusée qu’on aurait dit sorti d’un générique d’une série des années 80. Parfait parfait.

L’un des groupes qui m’attirait le plus pour cette édition des Vieilles Charrues, c’était La Colonie de Vacances, un groupe composé de 4 groupes : Marvin, Pneu, Electric Electric et Papier Tigre jouent en quadriphonie, chacun sur une scène avec le public au milieu. Au delà du dispositif qui fait la curiosité du concert, les compo sont au top, entre noise-rock et math-core, les instruments se répondent et les musiciens s’écoutent à fond, il y a un vrai lien, fort, qu’on sent entre eux onze. Et le plus du set c’est qu’en tant que public on peut se balader d’une scène à l’autre ou choisir de s’arrêter au milieu de l’installation, faisant varier le son et ainsi l’expérience globale. C’était cooool.

Vieilles charrues 4

Feiz Noz Moc’h

On a vu trois concerts au chapiteau Gwernig le vendredi, en commençant par Breton Blend. Le groupe reprend des morceaux issus du répertoire trad, pas mal écossais. Les arrangements sont chouettes, et j’ai surtout retenu le jeu d’Hélène Labarrière à la contrebasse qui ajoute des touches jazzy qui font mouche à chaque fois et qui donnent une palette sonore très appréciable à l’ensemble. A joué ensuite Feiz Noz Moc’h, un projet rassemblant gascons et breton, batterie-guitare-chant-violon-vielle à roue-gros instrument inconnu mais carrément badass. Ça donne du rock-noise-celtique, la vielle larsen et le chant est profond, l’ensemble est très puissant et enthousiasmant. Dernier concert du jour avec Krismenn et Alem (remplaçant au pied levé Dengue Dengue Dengue!, dommage mais cool quand même) que j’étais bien content de voir vu qu’on m’en parle depuis un bon bout de temps. La formule marche au poil, beat-box et chant breton, les deux gars tiennent très bien la scène et gagnent le public avec eux. Ça gère.

FIDLAR c’est cool, mais c’est aussi ringard, on dirait un peu que c’est Green Day. Y’a plein de chansons tubesques, pas de problème, et si certaines envoient du gros bois et font bien plaisir, d’autres font plus rengaine. Ce n’est pas naze, mais certains morceaux ressemblent beaucoup à des plaisirs coupables que j’écouterai dans quelques années sans me rendre compte que les gens autour me regarderont d’un air gêné, n’osant pas me dire que c’est la nostalgie de ma jeunesse qui me fait aimer ce groupe. Qu’ils aillent se faire foutre, de toute façon c’était le seul concert des Vieilles Charrues où le public avait vraiment l’air impliqué, où ça dansait. Ça pogotait assez mal, bien sûr, ça reste les Charrues et les festivaliers ne savent pas bien ce qu’ils font, mais au moins c’était calé sur la musique.

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Ma dessinatrice était particulièrement enthousiaste de Ropoporose, surtout quand la chanteuse a sorti un accordéon-jouet.

Mis à part le nom, je ne connaissais rien de Ropoporose. Je ne savais pas que les deux musiciens sont frère et sœur, je ne savais pas qu’ils jouent en formation guitare-batterie avec des boucles de guitares et une voix aérienne et fragile. Je ne savais pas non plus qu’ils ont l’air tout timide sur scène malgré beaucoup de concerts derrière eux (je suppose que c’est un genre qu’ils se donnent, qui vaut toujours mieux que de faire la gueule). Ça ne m’a pas empêché de kiffer la prestation, à la fois douce et mordante. Ça aurait pu être juste un groupe posé de plus vu en festival, mais ils ont quelque chose qui me fait dire que je me souviendrai du concert.

Quand j’étais collégien, j’ai beaucoup écouté Mickey 3D. Mes parents avaient plusieurs albums et moi-même j’ai un live datant de la période « Respire » que j’ai retourné à maintes reprises. Quand j’ai vu que le groupe prenait la route des festivals, je me suis dit «Youpi ! Je n’ai jamais vu le groupe, ce sera l’occaz’ d’entendre en vrai les chansons de mon enfance. » Ce que j’aime chez Mickey 3D, c’est la naïveté sérieuse qui se dégage des chansons. Les paroles sont tout con mais ce qui est dit est assez malin. Enfin ça c’était en 2004. En 2016, le groupe a fait aux Vieilles un concert franchement nul. Ils ont commencé par les chansons du nouvel album. Vous vous souvenez quand, quelques lignes plus haut je disais bien aimer la naïveté du groupe ? Bon, ben là c’est neuneu. Quand les paroles racontent qu’une amourette de primaire laissent des traces indélébiles, faut arrêter. Je vois ce qu’ils essayent de faire, mais merde, là ça dépasse la ligne du bon goût. Ou alors c’est moi qui ai grandi, je ne sais pas. Quand – enfin – ils ont repris des chansons plus anciennes, douche froide : les arrangements versions 2016 sont molles et ne font rien ressortir. Je ne vais pas insister plus, je n’ai rien retrouvé de ce que j’aimais de Mickey 3D, ma dessinatrice a trouvé le concert moisi, donc on s’est barrés après une grosse moitié de la prestation.

Vieilles charrues 5

Juste avant Maalouf il y avait Ibeyi et c’était nickel comme première partie.

Si on s’est laissés tenter par les Vieilles cette année c’est en grande partie pour Ibrahim Maalouf, que ma dessinatrice n’avait jamais vu en concert. Sans grande surprise, c’était excellent. Que dire de plus que je n’ai déjà dit ? (notamment dans cet article) Autant donner la vision de ma dessinatrice qui dit que c’est « la plus belle musique du monde, transcendante et tout. » Elle avait l’air contente, elle a même versé sa petite larmichette quand les élèves de je ne sais plus quelle école sont montés sur scène pour jouer « True Sorry ». C’est vrai que c’était magistral. Elle a aussi beaucoup aimé la venue du bagad du bout du monde pour la fin du concert, elle trouve que c’est le top niveau, et ça aussi c’est bien vrai.

On était bien contents, et on s’en est allé sur cette belle note vers La Ferme et la soirée Achève ton Singe du collectif La Mangouste. On y a (re)vu Princesse Napalm, ils sont cool. Ils sont super cool. D’habitude, quand on voit un groupe de rockabilly, ça a un côté un peu poussiéreux, daté, même si le groupe est très bon. Là on a droit a des artistes bien vivants qui font résonner leur musique dans le présent. Contrebasse croix inversée, tatouages, guitare, beat-electro et chant/présence scénique inspirée, c’est très vachement bien.

Extra turist, ça a l’air d’être incroyable, une sorte de Little big qui va bien plus loin dans la folie. Ils doivent sans doute venir de l’équivalent spatial de la Russie. C’était incroyable, malheureusement à peine on commençait à vraiment rentrer dedans qu’un gars est tombé sur leur matos et a tout coupé. Triste et frustrant putain.

On a fini avec Irritator Raskognet, qui laisse une sensation étrange parce-que ça semble complètement bancal et mal branlé, mais comme tout retombe toujours parfaitement sur ses pattes ça passe nickel. L’énergie et la présence de la chanteuse est remarquable et ça aide beaucoup, mais les parties musicales sont moins mémorables, pour le moment en tout cas. A voir comment le groupe évolue.

Vieilles charrues 1

Et sinon, Last Train c’est le premier groupe qu’on a vu du week-end, sur la grande scène des Vieilles Charrues. C’est bien, mais ce serait mieux plus tard dans la soirée et sur une scène plus intimiste.


Sur ce, rendez-vous l’hiver prochain pour l’article de Une épopée estivale#4.

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Bisous les lecteurs.