Beauregard, à chaud [UEE#4]

Cette série d’articles « À CHAUD » est écrite directement à la sortie des festivals. On va surtout causer des prestations des groupes et les articles de fond arriveront pour l’hiver 2017. Pour cette édition, je suis accompagné de ma dessinatrice, Rozenn Bothuon, qui croque les festivals sur place. Ni la pluie, ni le vent, ni les pogos ne l’arrêtent.


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Nous étions présents trois des quatre jours que durait le festival Beauregard, en région Normandie. Il y avait un château, mais ce n’est pas de ça qu’on va parler pour ce premier article. Donc, les artistes :

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Brian Jonestown Massacre. Le dessin a démarré au sec et a fini sous la pluie, ça donne un effet cool.

On venait en partie pour voir Brian Jonestown Massacre, pas de bol on est arrivés à la bourre alors que le set venait de commencer. On a quand même pu presque tout voir, mais on était sacrément à froid, ce qui n’aide pas à apprécier le rock psyché du groupe. Cela dit, les membres de BJM ont fait la gueule tout le concert, Anton Newcombe a pris un coup de vieux et Joel Gion a fait l’andouille avec son tambourin, donc on était très contents.

D’après mon père et mon frère, Feu! Chatterton c’est « pas mal en concert », et c’est bien la seule chose que je savais du groupe. C’est donc sans grande attente que j’ai assisté au concert, et en effet c’est pas mal du tout. On dirait un peu du FAUVE avec des textes moins ouin ouin et des meilleurs instrus. C’est un peu calibré, on comprend vite le gimmick du groupe, mais franchement ça passe et on ne s’est pas ennuyés. Ma dessinatrice a même « carrément bien aimé » le groupe.

Je ne savais pas grand chose de Beck. Dans ma tête, c’était un artiste honorable et reconnu et je me disais que ça allait sans doute être chouette. Sa présence à l’affiche m’avait d’ailleurs en partie motivé à aller à Beauregard. Verdict : c’est complètement nul. Je ne saurais pas dire beaucoup plus, c’est de la variét’ qui ne prend pas de parti pris artistique clair, chaque chanson ressemble à la musique de fond d’une pub pour SFR. La seule chose véritablement remarquable, c’était les projections sur l’écran géant derrière le groupe, fascinantes de laideur. Je suppose que ça avait été installé pour Chemical Brothers et que Beck a demandé s’il pouvait mettre un fond d’écran automatique pendant son propre set. Je ne vois que cette explication. Le seul point positif c’est qu’il a eu la décence de jouer « Loser » dans les premières chansons et qu’on a pu se barrer le cœur léger ensuite.

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Ghinzu

J’adore l’album « Blow » de Ghinzu, je le trouve incroyable et j’étais tout excité à l’idée de voir le groupe. Alors je ne sais pas trop situer où est le problème vu que je ne connais pas bien le reste de la discographie du groupe, mais soit les autres albums me parlent moins, soit le prochain sera moyen. En gros, tous les morceaux « pop-rock dance » m’ont laissé de marbre. Enfin pas exactement non plus, parce-que ça m’a frustré : je rongeais mon frein en stressant, de peur que tout le set ne soit comme ça. Gros soulagement pour moi avec la deuxième partie de la prestation, où Ghinzu a joué les morceaux rock que j’aime chez eux. Merci les gars, c’est un plaisir immense de pouvoir entendre « Mine ».

Et puis la journée s’est terminée par de l’électro. Alors en deux mots parce-que je n’ai pas tant de chose à en dire : Chemical Brothers c’est exactement ce à quoi vous vous attendez si vous avez écouté les albums, des projections bien-mais-pas-top en sus. The Shoes c’est peu inspiré, pas fin et ennuyant malgré tous leurs efforts pour diversifier les morceaux. Et désolé, mais passer des mèmes sur écran géant ce n’est pas cool, c’est clairement ringard. On est en 2016 les gars. Programmé en clôture du vendredi, Rone est trop cool. C’est comme ça, désolé, Rone c’est trop bien et là ça n’a pas fait exception. Au contraire des précédents artistes, là c’est fin, intelligent et envoûtant.

On a pu croire que le samedi allait être chouette, avec The Horrors qui a fait un concert très honorable donnant envie de les revoir dans une petite salle enfumée. C’était sans compter sur ce que je dénommerai « Le Tryptique de l’Ennui ». On commence par Naïve New Beaters, qui sont encensés à donf’ ces temps-ci, comme quoi leur compos pop seraient décalées et dynamiques. Ce n’est pas vrai, ce n’est pas décalé. Dynamique, oui, mais si c’est juste pour faire sauter sur place les gens comme des crétins, je passe mon chemin. C’en est suivi Brigitte, que j’étais très content de voir pour enfin me faire un avis sur le groupe. Quelle merde. C’est honteux. Je ne vais même pas parler du contenu musical – je le trouve insipide, mais chacun peut bien aimer ce qu’il veut. Par contre, le message pseudo féministe à deux balles que sortent les deux meufs, je le conchie. Ça veut faire évoluer les choses sur le sujet mais c’est extrêmement rétrograde. Bordel, elles en sont encore « Laissez-nous être à la fois maman et putain ! » c’est ouf. Et quand elles te sortent la chanson sur l’envie d’avoir un gamin, qu’elles te disent qu’elles savent être bonne, conne, cuisinière, putain mais pas maman, quel horreur. Comme si le fait de ne pas être mère condamnait les personnes à ne pas se sentir femme. Comme si la condition des femmes se résumait au portrait brossé précédemment. Moi qui espérait un joli message sur l’adoption, ça a été la douche froide. Alors peut-être que je suis trop avancé sur la question, mais je trouve que laisser un champ si large à des groupes de ce type pour exister est dangereux, et que sous couvert de message progressiste ils ne font qu’enfermer encore plus leur audience dans des schémas poussiéreux et cadenassés. Méfiance donc. Après ça on s’est posé devant La Femme et c’était naze aussi. Différemment cela dit, au début j’ai laissé une chance aux ambiances naïves du groupe, jusqu’à me rendre compte que c’était surtout neuneu. On a plutôt fait la sieste.

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Notre vue du concert de La Femme.

Clairement, Robert Plant, tête d’affiche du samedi, était l’un des attraits majeurs du festival et on avait très envie de voir ce que ça donnait. Alors bien sûr on attendait les classiques de Led Zep, mais on était aussi très intéressés pour découvrir son répertoire inspiré par les musiques modales (les musiques du monde, tout ça). On n’a pas été déçu, et Robert Plant et son groupe ont d’ailleurs mêlé aux reprises de Led Zeppelin des arrangements d’inspirations modales, c’était excellent. Ça fait du bien de voir en concert une vieille gloire qui est toujours vivace et qui n’est pas dans la répétition de ses créations passées.

Après ça, je vous avoue qu’on a passé notre tour pour Lilly Wood & The Prick et The Avener, on a avait assez donné de la journée avec le médiocre. Par contre, pas question de rater The Kills, et là on a enfin pris la claque qu’il manquait à ce festoche. Ok, là oui on a un son puissant, là on a des artistes investis, là on a des partis pris assumés, merci ! C’est élégant, froid et chaud, à l’image de leur dernier album je suppose. Je découvrais en live, ça nous a transporté de la meilleur des façons et c’était excellent. Ouf !

La prog du dimanche était très féminine et ça fait plutôt plaisir à voir tant les hommes trustent habituellement la scène (c’était le cas pour le vendredi de Beauregard cela dit, on n’a pas vu une seule artiste). Bref, c’était cool de commencer la journée avec Jeanne Added, dont on m’avait dit du bien et qui est en effet excellente. Surtout, on sent qu’elle en a encore pas mal en réserve et qu’elle a moyen de vraiment évoluer de façon intéressante. J’ai eu une de ses chansons dans la tête plusieurs jours après. Jain, on a juste vu la fin et ça a l’air très chouette, on vous conseille. On devrait la revoir aux Vieilles Charrues, on pourra sans doute en dire un peu plus. Lou Douillon, on l’a écouté posey et c’est parfait pour ça, on aime bien.

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Beirut

Beirut, j’ai beaucoup aimé le concert, les sonorités des cuivres m’ont beaucoup plu, mais mon illustratrice en parle mieux que moi : « C’était trop biieeeeen. C’était… emportant ! On se laissait porter par la musique. »

PJ Harvey, je ne m’attarde pas sur elle. Je n’avais jamais écouté ses morceaux, j’ai tout découvert live, et c’est très bien. Les musiciens qui l’accompagnent sont super cool et nombreux (et ce n’est PAS une fanfare merde !). De toute façon, si vous connaissez PJ Harvey, vous savez déjà que c’est cool. Je peux juste dire que le concert était de qualité ce soir là.

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PJ Harvey & band

Et ensuite c’était la fin du fest ! On a maté les derniers morceaux de Louise Attaque en s’amusant par procuration en observant les gens faire la farandole sur les tubes du groupe. C’était sympa. Et on a fini avec Jurassic 5 et là oui oui oui mille fois oui. ENFIN DU GROOVE ! Enfin un groupe qui met le smile à tout le monde et qui donne envie de se remuer un peu. Les quatre chanteurs sont excellents et bluffant de technique, le show est ultra-carré mais pas fermé pour autant, les deux DJ sont très bons et balancent des supers instrus, putain ce que c’est bien. Quand on a vu Nekfeu faire son babtou fragile le vendredi, se forçant à hurler pour prouver qu’il existe sans aucun flow et avec un charisme de chaise de bureau, on ne peut que être emporté par la prestation des J5. Alors OK, l’un des deux artistes a une victoire de la musique, mais les autres sont intéressants, eux. Et c’était une superbe dernière note pour quitter Beauregard !


Sur ce, rendez-vous l’hiver prochain pour l’article de Une épopée estivale#4.

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Bisous les lecteurs.